Lébamba : des associations à la pelle, des mouvements à profusion… mais où est passé le développement ?
Quand l’engagement associatif devient un tremplin électoral, la population reste spectatrice de ses propres promesses. À Lébamba, chef-lieu du département de la Louétsi-Wano, il ne manque visiblement ni d’associations, ni de mouvements, ni de collectifs, encore moins de leaders autoproclamés du développement. Les initiatives se multiplient, les dénominations rivalisent d’originalité, les communiqués fleurissent sur les réseaux sociaux et les grandes déclarations sur l’avenir de la localité ne manquent jamais d’éloquence.
Pourtant, une question, aussi dérangeante que légitime, mérite d’être posée : après tant d’années d’activisme associatif, quel impact concret et mesurable ces organisations ont-elles réellement produit sur le quotidien des populations de Lébamba et, plus largement, du département de la Louétsi-Wano ?
Car à force de multiplier les structures, on pourrait presque croire que le développement est déjà en marche. Mais lorsqu’on regarde attentivement la réalité du terrain, le contraste entre les discours et les réalisations mérite sérieusement réflexion.
1. Des associations qui poussent comme des champignons à l’approche des élections
Il existe désormais un phénomène qui devrait interpeller les populations : la naissance cyclique de mouvements et d’associations à l’approche des grandes échéances électorales.
À quelques mois des élections, certains découvrent soudainement leur attachement viscéral à Lébamba. Des réunions sont organisées, des forums sont créés, des photos de famille sont publiées, des discours sur la jeunesse, la solidarité et le développement local sont servis à toutes les sauces.
Les slogans sont séduisants : unité, émergence, solidarité, renaissance, avenir meilleur, changement et développement.
Mais derrière cette effervescence se cache parfois une réalité beaucoup moins glorieuse : la conquête de positions, la recherche de soutiens politiques, le positionnement personnel et la course aux responsabilités.
On ne crée plus nécessairement une association parce qu’on a identifié un problème à résoudre. On la crée parfois parce qu’une échéance approche et qu’il faut exister politiquement.
Et une fois les élections passées ? Silence radio !
Les groupes WhatsApp deviennent silencieux, les réunions disparaissent, les grandes ambitions prennent congé et les populations retrouvent leurs difficultés habituelles.
Visiblement, certains mouvements ont une durée de vie qui correspond exactement au calendrier électoral.
2. Le développement local n’est pas une campagne de communication !
Il faut le rappeler avec fermeté : le développement d’une commune ne se mesure ni au nombre d’associations enregistrées, ni au nombre de photos publiées sur Facebook, ni au nombre de personnalités réunies autour d’une table.
Il se mesure aux résultats.
Combien de jeunes ont bénéficié d’un véritable accompagnement vers l’emploi ou l’entrepreneuriat ? Combien d’activités génératrices de revenus ont été créées ? Combien de projets agricoles ont été structurés ? Combien de familles ont vu leurs conditions de vie s’améliorer grâce aux initiatives de ces organisations ?
Combien de mécanismes durables ont été mis en place pour soutenir les femmes, les jeunes entrepreneurs, les agriculteurs, les artisans et les acteurs économiques locaux ?
Combien d’associations peuvent aujourd’hui présenter un bilan public, des réalisations vérifiables, des objectifs atteints et une véritable stratégie d’autonomisation des populations ?
La question n’est pas de nier l’existence de quelques initiatives louables. Il serait injuste de mettre toutes les organisations dans le même panier. Certaines personnes travaillent sincèrement, souvent avec des moyens limités et beaucoup de sacrifices.
Mais il est temps de distinguer les organisations qui construisent de celles qui se contentent d’occuper l’espace médiatique.
Car Lébamba n’a pas besoin d’une inflation de présidents d’associations. Elle a besoin de bâtisseurs, de stratèges et de véritables acteurs du développement.
3. Une jeunesse instrumentalisée entre deux échéances électorales ?
C’est probablement l’une des questions les plus sensibles.
La jeunesse de la Louétsi-Wano représente une force démographique, intellectuelle, économique et sociale considérable. Pourtant, elle demeure trop souvent au centre des discours et insuffisamment au cœur des politiques d’action.
On parle de responsabilisation des jeunes, mais combien disposent réellement d’un accompagnement pour entreprendre ?
On parle de promotion de la jeunesse, mais combien accèdent à des formations qualifiantes, à des financements, à des opportunités économiques ou à des responsabilités décisionnelles ?
On célèbre la jeunesse lorsqu’il faut remplir une salle, mobiliser une foule, animer une campagne ou applaudir un discours. Mais lorsqu’il s’agit de lui donner les moyens de produire, d’entreprendre et de participer aux décisions, les engagements deviennent parfois beaucoup moins visibles.
Il faut sortir de cette logique où les jeunes sont considérés comme des instruments de mobilisation plutôt que comme des partenaires du développement.
La jeunesse de Lébamba ne doit plus être une clientèle électorale que l’on sollicite périodiquement. Elle doit devenir une force de proposition, de production et de transformation de son territoire.
4. Nos leaders locaux : où est la vision ?
Le problème de Lébamba ne réside pas uniquement dans la multiplication des associations. Il se trouve également dans l’absence d’une véritable dynamique collective autour d’une vision territoriale partagée.
Où voulons-nous conduire notre commune dans les cinq, dix ou quinze prochaines années ?
Quelle stratégie pour développer l’agriculture, transformer nos produits locaux et créer des emplois ?
Quelle politique pour attirer les investissements et encourager les cadres originaires de la localité à investir dans leur territoire ?
Comment réorganiser l’espace communal, aménager les quartiers, développer les infrastructures et valoriser les potentialités touristiques de la Louétsi-Wano ?
Quelle place pour les jeunes dans la gouvernance locale ?
Et surtout, quelle responsabilité pour nos élus, nos cadres, nos opérateurs économiques et nos leaders politiques ?
Il est temps que nos responsables comprennent qu’un mandat électif n’est pas une récompense personnelle, mais une responsabilité envers toute une communauté.
La politique locale ne devrait pas être une compétition permanente pour savoir qui occupera le fauteuil. Elle devrait être une confrontation d’idées, de projets et de visions pour améliorer les conditions de vie des populations.
5. Lébamba mérite mieux que des promesses en période électorale
Il serait temps de changer de méthode.
Au lieu de créer continuellement de nouvelles structures, pourquoi ne pas commencer par évaluer celles qui existent déjà ?
Au lieu de multiplier les cérémonies et les déclarations, pourquoi ne pas mutualiser les compétences, les ressources humaines et les moyens financiers ?
Au lieu de chercher systématiquement un positionnement politique, pourquoi ne pas construire un véritable bloc citoyen autour des priorités de développement de la Louétsi-Wano ?
Nous avons des cadres, des enseignants, des ingénieurs, des communicants, des entrepreneurs, des agriculteurs, des techniciens et des jeunes diplômés. Nous avons des terres agricoles, des potentialités touristiques, des ressources humaines et un patrimoine culturel à valoriser.
Ce qui semble nous faire défaut, ce n’est pas nécessairement le potentiel. C’est surtout la capacité à organiser les énergies, à définir des priorités et à transformer les idées en réalisations concrètes.
Pourquoi ne pas mettre en place un cadre permanent de concertation entre les associations, les mouvements de jeunes, les opérateurs économiques, les élus et les cadres de la localité ?
Pourquoi ne pas élaborer un plan stratégique de développement départemental avec des objectifs précis à atteindre à l’horizon 2030 ?
Pourquoi ne pas exiger de chaque organisation un bilan annuel de ses activités, de ses investissements sociaux et de ses résultats ?
Pourquoi ne pas faire de la transparence, de la redevabilité et de l’efficacité les nouvelles références de l’engagement associatif ?
6. 2030 approche : allons-nous encore recommencer le même spectacle ?
À l’approche des prochaines grandes échéances politiques, une interrogation s’impose.
Allons-nous encore assister à la naissance de nouveaux mouvements, à la multiplication des promesses, aux grandes déclarations d’amour pour la localité et aux traditionnelles mobilisations de circonstance ?
Allons-nous encore voir des personnes découvrir les problèmes de Lébamba uniquement lorsque les ambitions électorales commencent à se manifester ?
Ou allons-nous enfin décider de construire une dynamique sérieuse, structurée et durable, indépendante des intérêts personnels et des calculs politiques ?
La Louétsi-Wano ne peut plus se permettre de perdre du temps dans des querelles de leadership, des rivalités de positionnement et des guerres d’ego.
Le développement ne doit pas être un slogan de campagne. Il doit être un engagement permanent.
Le mot de la fin : moins de présidents, plus de producteurs !
Il est peut-être temps de poser une question que beaucoup pensent tout bas : à quoi sert d’avoir cinquante associations si aucune dynamique collective ne permet de transformer durablement le quotidien des populations ?
À quoi sert de compter autant de leaders si nous ne parvenons pas à faire émerger une vision commune ?
À quoi sert de réunir des centaines de personnes dans des salles si, au lendemain des rencontres, rien ne change sur le terrain ?
Lébamba n’a pas besoin d’une nouvelle compétition de titres et de responsabilités. Elle a besoin d’une nouvelle culture de l’engagement.
Une association doit être un outil de transformation sociale, pas une antichambre de positionnement politique. Un mouvement doit être un espace de réflexion et d’action, pas une structure de circonstance. Un leader doit être jugé sur ses réalisations, pas uniquement sur sa capacité à mobiliser des foules.
Il faut désormais passer de l’association de circonstance à l’organisation de développement, du discours à l’action, de la mobilisation électorale à la mobilisation citoyenne.
Car au bout du compte, les populations ne mangent pas les slogans, les routes ne se construisent pas avec des communiqués et les emplois ne naissent pas des promesses.
Lébamba ne manque pas de présidents. Elle manque cruellement de résultats à la hauteur de son potentiel.
Et si, pour une fois, nous décidions de faire du développement de la Louétsi-Wano notre véritable ambition collective plutôt que notre éternel argument électoral ?
MGM






