Le Président, la communication… et les institutions
Le débat sur l’omniprésence médiatique du président de la République prend désormais une place croissante dans l’espace public. Dans une vidéo largement relayée, l’ancienne candidate à l’élection présidentielle, Marion Nnegue Mintsa, dénonçait les dérives d’une communication présidentielle devenue omniprésente. Dans le même esprit, la tribune de Michel Ongoundou Loundah, publiée dans Leradar.ga sous le titre « La République du spectacle ou la tentation du président-influenceur », proposait une lecture plus institutionnelle du phénomène. Sans concertation, ces deux prises de parole convergent vers une même préoccupation : lorsqu’elle devient une fin en soi, la communication risque progressivement de se substituer à l’action publique.
La tribune de Michel Ongoundou Loundah ne remettait nullement en cause le principe de la communication présidentielle. Elle mettait en garde contre une dérive : celle d’une communication permanente qui, à force de vouloir tout montrer, finit par prendre le pas sur l’exercice même du pouvoir. Chaque déplacement, chaque poignée de main, chaque inspection, chaque bain de foule ou chaque échange avec un citoyen devient un contenu destiné à alimenter les réseaux sociaux.
« Le 16, c’est le 16 ! »
Cette logique de mise en scène ne se limite d’ailleurs pas à un seul épisode. Lors d’une récente visite sur un chantier du front de mer, le président avait publiquement sommé l’architecte de livrer les travaux « au plus tard le 16 août », devant les caméras. L’épisode, largement relayé, a rapidement suscité une vague d’ironie sur les réseaux sociaux, où la formule « Le 16, c’est le 16 ! » est devenue un slogan détourné et moqueur. Ce qui aurait pu relever d’un simple échange de travail s’est ainsi transformé en spectacle.
Quand la discipline devient un spectacle
Plus récemment, le président s’est adressé, toujours devant les caméras, à un gendarme en service qu’il a publiquement repris parce qu’il était mal rasé, avant d’annoncer qu’il demanderait au commandant en chef de la Gendarmerie de le sanctionner. Cette fois, la mise en scène ne concernait plus un chantier, mais une institution régalienne.
Il ne s’agit plus d’un simple rappel à l’ordre. C’est l’humiliation publique d’un militaire en service, sous l’œil des caméras et devant des millions de spectateurs. Or, dans une institution fondée sur la discipline, la hiérarchie et l’honneur, les observations comme les sanctions relèvent normalement de la chaîne de commandement. Les transformer en spectacle revient à exposer publiquement un subordonné et à porter atteinte à sa dignité professionnelle.
L’autorité de la hiérarchie publiquement désavouée
Mais la portée institutionnelle est encore plus profonde. En annonçant publiquement qu’il demandera au commandant en chef de la Gendarmerie de sanctionner ce militaire, le président expose également sa propre hiérarchie. Le message implicite est que celle-ci n’aurait pas pleinement assumé son rôle et qu’il faudrait une intervention présidentielle, sous les caméras, pour faire respecter une règle de discipline. Par ricochet, c’est aussi l’autorité du commandant en chef de la Gendarmerie qui se trouve publiquement affaiblie. Ce qui devait illustrer la fermeté du pouvoir peut ainsi être perçu comme un désaveu de la chaîne de commandement elle-même.
Des institutions plutôt que des séquences virales
C’est précisément le fond de la réflexion portée par Michel Ongoundou Loundah et, sous une autre forme, par Marion Nnegue Mintsa. Les institutions ne se renforcent pas par des séquences virales. Elles se consolident par le respect des procédures, de la dignité des agents publics, de la séparation des responsabilités et de l’autorité de chaque niveau hiérarchique.
À force de transformer chaque geste présidentiel en spectacle, le risque est de confondre l’exercice de l’autorité avec sa mise en scène. Or un État solide ne se construit ni sur les buzz ni sur les vidéos virales. Il repose sur des institutions suffisamment fortes pour inspirer le respect lorsque les caméras sont allumées… mais surtout lorsqu’elles sont éteintes.
RDB






