Woleu-Ntem : “On ne tourne pas le dos au pouvoir”

12 mai 20250
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La récente vague de départs de notables et anciens barons du Parti Démocratique Gabonais (PDG) dans la province du Woleu-Ntem, pour rejoindre le camp du président de la République élu, Brice Clotaire Oligui Nguema, suscite étonnement, controverses et commentaires en cascade. Pourtant, au-delà des lectures partisanes ou des procès en opportunisme, cette dynamique traduit une réalité bien ancrée dans la culture politique et sociale du peuple Ekang (Fang) : le pouvoir ne se déserte pas. Il s’accompagne.

Dans l’univers symbolique Fang, tourner le dos au pouvoir est un acte grave, presque contre-nature. Le pouvoir, même lorsqu’il vacille ou change de main, demeure une force sacrée qu’il faut entourer, guider, réguler. Loin d’être un absolu figé, il est un lien vivant entre gouvernants et gouvernés, une instance d’équilibre collectif.

Chez nous, “on ne tourne pas le dos au pouvoir” ne signifie pas allégeance aveugle, mais présence vigilante . Cela engage la responsabilité des notables, qui sont dépositaires d’une mémoire, d’un savoir politique et d’une influence sociale qu’ils se doivent de mettre au service de la nation.

Hier, ces mêmes notables ont accompagné le PDG, alors au sommet de l’État. Il n’y avait là rien d’incongru : le pouvoir étant ailleurs, leur devoir était d’y faire entendre la voix du Nord, d’assurer à leur communauté une représentativité, aussi imparfaite fut-elle. Aujourd’hui, avec la naissance de la Ve République et l’élection d’un président issu de leur terroir, la logique d’accompagnement prend un nouveau visage : il s’agit non seulement de soutenir un fils du pays, mais aussi de consolider un projet de transformation nationale.

Doit-on les accuser de retourner leur veste ? Ou plutôt de redresser l’échine pour marcher au rythme du changement historique en cours ? Leur démarche ne nie pas le passé : elle l’assume et le dépasse. Elle s’inscrit dans une vision stratégique, où la loyauté à un parti s’efface devant l’exigence du moment républicain.

Il faut aussi rappeler que la Ve République gabonaise ne s’annonce pas comme la simple continuité d’un pouvoir recyclé, mais comme une tentative de refondation politique, institutionnelle et morale. Le président Oligui Nguema, désormais investi par le suffrage populaire, incarne cette volonté de rupture apaisée. Le soutenir aujourd’hui, pour les notables du Grand Nord, n’est pas un simple ralliement : c’est un devoir de vigilance fraternelle, une manière de veiller à ce que ce pouvoir ne se coupe pas des réalités, ni du peuple qui l’a porté.

Car dans la tradition Fang, soutenir le pouvoir, c’est aussi l’encadrer . C’est maintenir le chef dans la sagesse, lui rappeler le sens du bien commun, l’inviter à l’écoute des marges. Il n’y a donc pas trahison, mais fidélité. Non à un homme, mais à une culture, à une communauté, et à un pays qui aspire à se relever.

Que veut-on reprocher à ces figures publiques du Woleu-Ntem ? D’avoir été cohérents avec leur héritage ? D’avoir choisi de contribuer à l’histoire plutôt que de la commenter ? Si erreur il y a, elle ne se situe pas dans leur engagement, mais peut-être dans le regard trop étroit que nous portons encore sur nos pratiques politiques. Il est temps d’élever le débat.

Oui, chez les Ekang, on ne tourne pas le dos au pouvoir.
On l’approche, on l’éclaire, on le conseille.
Et quand ce pouvoir vient d’un fils du pays, l’histoire attend des anciens non pas qu’ils s’effacent, mais qu’ils accompagnent.

Refonder un pays exige plus que des slogans : il faut du courage, de l’ancrage et du discernement. C’est à cela que les notables du Woleu-Ntem semblent avoir répondu.

Eugène-Boris ELIBIYO,
Planificateur des systèmes éducatifs,
Conseiller en Éducation,
Acteur associatif et Citoyen engagé.

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