Tribune Politique : PDG à la présidence en tenue du parti , qu’est-ce qui gêne et pourquoi cela gêne-t-il ?
Il faut cesser l’hypocrisie politique et les indignations à géométrie variable. La réception du Parti démocratique gabonais (PDG) à la présidence de la République, le vendredi 30 octobre 2026, suscite depuis quelques heures des réactions, parfois indignées, notamment en raison de la tenue aux couleurs du parti arborée par ses représentants.
Mais au fond, qu’est-ce qui gêne réellement ? Et pourquoi cela gêne-t-il aujourd’hui ?
Le président de la République a, à plusieurs reprises, reçu des formations politiques. Il a accueilli les partis qui l’ont soutenu lors de la dernière élection présidentielle, mais également certains de ses anciens adversaires politiques. Des formations appartenant à la majorité présidentielle ont elles aussi bénéficié de cette possibilité.
À l’époque, qui s’en est véritablement indigné ? Qui a élevé la voix pour dénoncer une prétendue confusion entre l’institution présidentielle et les partis politiques ?
Le palais des Congrès Omar Bongo Ondimba a également accueilli des manifestations et des rencontres politiques. Qui s’est alors souvenu du principe de neutralité des institutions pour en faire un sujet de polémique ?
Aujourd’hui, une certaine opinion soutien ,que le président de la République ne devait pas recevoir les partis politiques à la présidence, au nom de la neutralité de cette institution.
Mais lorsque le chef de l’État reçoit des responsables de l’Église évangélique confrontée à des difficultés, des représentants des Églises de réveil ou des membres du clergé en soutane, qui a sérieusement dénoncé une quelconque immixtion de la religion dans les affaires de l’État ?
Soyons donc cohérents et impartiaux. On ne peut pas invoquer les principes républicains uniquement lorsqu’ils servent ses propres convictions ou ses intérêts politiques.
Le véritable débat n’est pas nécessairement celui de la réception du PDG au palais présidentiel. C’est celui des conditions dans lesquelles cette réception a été organisée, notamment la décision qui a permis à ses représentants d’y arborer les couleurs et les attributs de leur parti.
Car, s’il est vrai que chaque vendredi, la Ve République nous a habitués au port du pagne africain, le pagne du PDG répond, en lui-même, à cette exigence vestimentaire. Le problème mérite donc d’être posé avec précision : qui a pris cette décision et selon quels critères ? est ce que le pagne est veritablement africain comme on veut nous le faire croir ?
C’est sur ce terrain que le débat peut être utile et républicain. Pas dans les procès d’intention, encore moins dans les indignations sélectives.
Le PDG traverse une zone de turbulences, mais cela relève de sa vie interne
Soyons également lucides sur la situation du PDG.
Depuis la dernière sortie d’Ali Bongo Ondimba, les interrogations sur l’avenir et même sur l’implosion éventuelle de cette formation politique se posent avec une acuité particulière. Les événements récents ne semblent pas se dérouler comme certains auraient pu le souhaiter.
Il faut reconnaître que le PDG nous a habitués, à plusieurs reprises, à ces situations de fortes tensions internes.
Le parti a notamment frôlé le chaos lors des élections couplées de septembre 2025 , au point que la médiation du président de la République du Congo Brazzaville avait été d’un précieux apport pour éviter une aggravation de la crise.
Il faut également rappeler qu’au lendemain du coup d’État, le PDG a soutenu celui qui venait de renverser le régime auquel il appartenait et a mis en place un bureau dont la légitimité statutaire a été contestée.
Aujourd’hui encore, l’annonce de la tenue de son congrès, malgré les appels à l’unité et à la cohésion, révèle l’ampleur des divergences qui traversent cette formation politique.
Mais tout cela relève, avant tout, de la vie d’un parti politique. Les formations politiques connaissent des crises, des divisions, des recompositions et parfois des implosions. C’est leur histoire, leur responsabilité et leur combat interne.
Nous n’avons donc pas à nous substituer aux militants du PDG pour régler leurs différends, ni à transformer chacune de leurs difficultés en une affaire nationale.
Trois ans après le coup d’État, apprenons à regarder plus loin que nos rancœurs
Trois ans après le coup d’État du 30 août 2023, notre pays doit apprendre à dépasser les réflexes de confrontation permanente.
Nous devons apprendre à mieux nous connaître, à accepter nos différences et à comprendre que la République ne peut pas fonctionner au gré des sympathies et des antipathies politiques.
Le Gabon a besoin de débats sérieux, d’exigence démocratique et de principes applicables à tous, sans distinction d’appartenance politique.
On peut ne pas aimer le PDG. On peut contester son histoire, ses pratiques, ses dirigeants et sa gestion du pouvoir pendant plusieurs décennies. On peut même souhaiter sa disparition de l’échiquier politique.
Mais cela ne saurait justifier que l’on applique à ce parti des règles différentes de celles appliquées aux autres.
Le PDG a été reçu à la présidence de la République, comme d’autres formations politiques l’ont été avant lui. Ce qui est contestable doit être discuté sur le fond, et non à travers des indignations sélectives.
Pour le reste, chacun est libre de ses interprétations, de ses fantasmes et de ses calculs politiques.
Pour ma part, je ne trouve rien de particulièrement choquant dans le principe même de la réception d’un parti politique à la présidence de la République, dès lors que d’autres ont bénéficié du même privilège.
Ma seule exigence est celle de la cohérence républicaine : les mêmes principes pour tous, les mêmes exigences pour chacun et l’intérêt supérieur du Gabon comme seule boussole.
Dr Stéphane Germain ILOKO BOUSSENGUI
Président du Large Rassemblement Arc-en-ciel (LRA)






