"Nous sommes dans quel pays ?" s’interroge Michel Ongoundou Loundah

29 août 20260
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Je viens de voir le porte-parole de la Présidence de la République apparaître à l’écran pour lire, avec toute la solennité requise, un communiqué de condoléances à la suite du décès du roi Harald V de Norvège. Très bien.

Le Gabon entretient des relations diplomatiques avec la Norvège. Un chef d’État disparaît à 89 ans. Il est normal que le président de la République présente ses condoléances au peuple norvégien et à la famille royale.

Mais pendant ce temps, chez nous ?
Rudy Hombenet Anvingui, jeune journaliste du quotidien L’Union, est morte à 38 ans, deux jours après avoir donné naissance à une petite fille.

Trente-huit ans.
Une vie devant elle.
Une jeune femme devenue mère et qui, presque aussitôt, disparaît.
Une petite fille qui entre dans la vie au moment même où sa mère en sort.
Une famille frappée en plein cœur.
Une rédaction endeuillée.
Une compatriote.
Et du côté de la Présidence de la République ?
Rien.
Absolument rien.
Pas un mot.
Pas un communiqué.
Pas la même gravité.
Pas le même empressement.
Pas la même compassion institutionnelle.
Et c’est cela qui me révolte.
À force, on finit par se demander pour qui fonctionne réellement cette République.
Pour qui réserve-t-elle ses mots ?
Pour qui déploie-t-elle son protocole ?
Pour qui trouve-t-elle ses caméras, ses formules, ses porte-parole et ses communiqués officiels ?

Nous sommes extraordinairement prompts à regarder au loin, à saluer, à compatir, à nous conformer aux usages internationaux.
Mais lorsqu’un drame frappe à notre porte, lorsqu’une jeune Gabonaise meurt quelques jours après avoir donné la vie, soudain, le silence.

Un silence glacial.
Un silence indécent.

Il ne s’agit pas d’opposer la mort d’un roi norvégien à celle de Rudy Hombenet.
Il s’agit de poser une question beaucoup plus grave : quelle valeur accordons-nous encore à la vie de nos propres compatriotes ?

Comment peut-on trouver instantanément les mots pour un souverain de 89 ans disparu à des milliers de kilomètres et ne rien avoir à dire lorsqu’une jeune femme de 38 ans meurt chez nous, après un accouchement ?

Comment peut-on parler au nom de la République sans entendre le chagrin d’une famille gabonaise ?

Comment peut-on incarner l’État et rester à ce point distant des tragédies qui frappent ceux au nom desquels cet État prétend gouverner ?

Le décès de Rudy Hombenet devrait pourtant susciter bien davantage qu’un simple message de condoléances.
Il devrait soulever des questions.
Que s’est-il passé ?
Quelles ont été les circonstances exactes de son décès ?

Qu’est-ce qui, dans notre système de santé, permet encore qu’une femme de 38 ans meure deux jours après avoir donné naissance ?

Et combien d’autres femmes meurent ainsi, dans l’anonymat, loin des rédactions, loin des caméras, loin de toute émotion officielle ?

Combien de familles vivent ces drames dans le silence parce que leur nom n’apparaîtra jamais dans un communiqué ?

La mort de Rudy Hombenet aurait dû émouvoir.
Elle aurait aussi dû alerter.

Or, rien.
On compatit au loin.
On se tait à proximité.
On trouve des mots pour les palais étrangers.
On n’en trouve plus pour nos propres foyers endeuillés.
Voilà où nous en sommes.

Rudy Hombenet avait 38 ans.
Elle venait de mettre au monde une petite fille.
Cette enfant grandira sans sa mère.
Et sa mère, elle, n’aura même pas eu droit à quelques lignes de compassion de la République.

Quelques lignes.
Rien de plus.
Rien que cela.
Était-ce vraiment trop vous demander ?
Nous sommes dans quel pays ?

Michel ONGOUNDOU LOUNDAH

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