Gouverner, c’est aussi évaluer : pour une culture nationale de la reddition des comptes

23 juin 20260
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Le discours sur l’état de la nation prononcé par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a eu le mérite de présenter aux Gabonais la vision, les priorités et les ambitions qui entendent guider l’action publique au cours des prochaines années.

Comme il est de tradition dans toute démocratie, cet exercice républicain appelle des commentaires, des analyses et parfois des divergences d’appréciation. Mais au-delà des postures politiques, une interrogation fondamentale mérite d’être posée : comment mesurer objectivement l’efficacité des politiques publiques annoncées au nom du peuple gabonais ?

"La réussite de l’action publique dépendra moins de la multiplication des annonces que de la rigueur dans l’exécution et de la capacité à rendre régulièrement des comptes aux citoyens". Cette affirmation, formulée par un évaluateur certifié des politiques publiques à la suite du discours présidentiel, devrait résonner comme une exigence nationale.

Pendant trop longtemps, sous nos latitudes comme ailleurs, le débat public s’est souvent limité à l’opposition entre promesses et critiques, entre soutiens inconditionnels et contestations systématiques. Or, une démocratie mature ne saurait se satisfaire d’une telle logique. Elle doit être capable de répondre à des questions simples : les politiques engagées produisent-elles les effets attendus ? Les ressources mobilisées sont-elles utilisées avec efficacité ? Les objectifs annoncés sont-ils atteints ? Et lorsque ce n’est pas le cas, quelles corrections doivent être apportées ?

L’évaluation des politiques publiques ne doit plus être perçue comme un exercice technocratique réservé à quelques spécialistes. Elle constitue un instrument de bonne gouvernance, un levier d’amélioration continue de l’action de l’État et un gage de respect envers les contribuables et les citoyens.

Évaluer, ce n’est pas sanctionner. Évaluer, c’est apprendre.

C’est identifier ce qui fonctionne afin de le renforcer. C’est reconnaître les insuffisances pour mieux les corriger. C’est sortir de la culture du résultat proclamé pour entrer dans celle du résultat démontré.

Le Gabon gagnerait ainsi à institutionnaliser une véritable culture nationale de l’évaluation des politiques publiques. Chaque programme majeur devrait être assorti d’objectifs clairement définis, d’indicateurs de performance accessibles au public, de calendriers d’exécution précis et de mécanismes indépendants de suivi et d’appréciation.

Le Parlement pourrait pleinement exercer sa mission de contrôle de l’action gouvernementale. Les administrations seraient encouragées à développer des outils modernes de pilotage et de gestion axée sur les résultats. Les corps de contrôle verraient leurs capacités renforcées. Les universités, les centres de recherche, les experts nationaux et la société civile pourraient également contribuer à nourrir une culture de l’évidence et de l’analyse objective.

Une telle évolution exigerait du courage politique. Car accepter d’être évalué, c’est accepter que les réussites soient reconnues, mais aussi que les insuffisances soient mises en lumière. Pourtant, loin d’affaiblir l’autorité de l’État, cette démarche renforcerait sa crédibilité. La confiance des citoyens ne naît pas de l’infaillibilité proclamée ; elle se construit dans la transparence, l’humilité et la responsabilité.

Le président de la République a affirmé sa volonté de transformer le Gabon et d’améliorer les conditions de vie des populations. Cette ambition mérite d’être accompagnée par une exigence collective : celle de faire de l’évaluation un pilier de notre gouvernance publique.

Le temps des annonces est nécessaire. Mais il ne saurait suffire.

Le temps de l’exécution est indispensable.

Le temps de l’évaluation est devenu une urgence démocratique.

Car, au bout du compte, ce ne sont ni les discours ni les intentions qui transforment durablement une nation. Ce sont les résultats obtenus, objectivement mesurés, honnêtement présentés et continuellement améliorés.

Le Gabon de demain ne se construira pas seulement sur la force des ambitions affichées. Il se construira aussi sur notre capacité collective à évaluer ce que nous faisons, à corriger ce qui doit l’être et à rendre compte, en toute responsabilité, au souverain primaire : le peuple gabonais.

Joachim MBATCHI PAMBOU,
Président du Forum Pour la Défense de la République (FDR).
Candidat à l’élection Présidentielle d’août 2023.

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