"Des dirigeants jeunes, des réflexes si vieux"

6 septembre 20260
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On peut changer les hommes, rajeunir les équipes, proclamer la rupture et continuer tranquillement à faire de la politique comme autrefois. C’est même l’un des spectacles les plus décevants de cette nouvelle époque : voir revenir, sous des visages plus jeunes, des pratiques que l’on croyait appartenir au passé.

Une caravane médicale ici. Une distribution de kits scolaires là. Autour, le cérémonial habituel : officiels, caméras, communication et images destinées à montrer que l’on s’occupe des populations.

Si tout cela n’était que vieillot ou ringard, on pourrait encore en sourire. Mais ces vieilles recettes politiciennes s’appliquent à deux domaines où l’improvisation et la mise en scène n’ont pas leur place : la santé et l’éducation. Là, cela devient beaucoup plus sérieux.

La maladie ne consulte pas le calendrier officiel

Lors des festivités du 30 août à Makokou, une caravane médicale a été organisée. Offrir des consultations et des soins à des personnes qui en ont besoin est évidemment utile. Le problème n’est donc pas la caravane elle-même, mais la place qu’on lui donne et le spectacle qui l’entoure.

Une caravane médicale peut répondre à une urgence, atteindre des populations éloignées, assurer une campagne de dépistage ou compléter ponctuellement l’action des structures existantes. Elle ne remplacera jamais une politique de santé publique.

La maladie ne prend pas rendez-vous. Elle n’attend ni Fête de la Libération, ni cérémonie officielle, ni déplacement d’une autorité pour se manifester.

Lorsqu’un Gabonais tombe malade, il devrait pouvoir trouver près de chez lui un centre de santé qui fonctionne, un médecin ou un infirmier disponible, des médicaments, du matériel et, lorsque son état l’exige, des examens accessibles.

C’est de façon permanente que se mesure l’efficacité d’un système de santé, certainement pas au nombre de caravanes politico-médicales organisées, ni au nombre de vidéos diffusées sur les réseaux sociaux et à la télévision nationale.

À force de médiatiser l’exception, on finit surtout par révéler les défaillances de l’ordinaire.

La rentrée scolaire n’arrive jamais par surprise

Quelques jours avant la rentrée, voici maintenant les distributions de kits scolaires.

La rentrée a pourtant cette particularité remarquable d’arriver chaque année à peu près à la même période. Sa date est connue suffisamment tôt pour permettre à l’État, aux collectivités, aux entreprises, aux associations et aux familles de s’organiser.

Pourquoi donc attendre les derniers jours pour ressortir les cartons de cahiers, aligner les sacs, convoquer les bénéficiaires et organiser la remise devant les objectifs ?

Entre-temps, beaucoup de parents se sont déjà saignés pour acheter les fournitures de leurs enfants. D’autres attendent, faute de moyens. Et l’on ne sait pas toujours très bien selon quels critères certains recevront quelque chose et d’autres rien.

Une politique sociale sérieuse ne devrait pas ressembler à une tombola.

D’autant que le pouvoir se félicite d’avoir réussi l’opération de recensement de la population. Très bien. Un tel outil devrait précisément permettre de savoir combien nous sommes, où vivent les populations et quelle est leur situation sociale.

Un recensement ne peut pas servir seulement à annoncer triomphalement que le Gabon serait passé, en quelques mois, d’environ 2,5 millions à 3,5 millions d’habitants, puis à transformer cette spectaculaire progression en motif de gloriole. Il doit d’abord être un instrument de connaissance et de décision.

Si les familles les plus fragiles sont identifiées, pourquoi attendre la veille de la rentrée pour improviser des distributions ?

On pourrait, bien en amont, leur attribuer des bons d’achat utilisables dans les librairies et commerces agréés. Les parents choisiraient les fournitures correspondant réellement aux besoins de leurs enfants. Les libraires travailleraient. L’argent injecté profiterait aussi à l’économie locale. Et les familles seraient aidées sans avoir à servir de figurantes dans une opération de communication.

Quand la solidarité devient un spectacle

C’est là que le malaise commence.

Les populations viennent à ces opérations parce qu’elles en ont besoin. Un malade acceptera une consultation gratuite. Une mère ou un père qui peine à préparer la rentrée prendra volontiers des cahiers, un cartable ou des stylos.

Mais leur présence ne valide pas la méthode. Elle témoigne d’abord d’un besoin.

Transformer ensuite ce besoin en événement médiatique installe une relation assez peu respectueuse entre l’institution et le citoyen. D’un côté, celui qui donne et se montre en train de donner. De l’autre, celui qui reçoit et que l’on montre en train de recevoir.

Même sans intention de rabaisser qui que ce soit, l’image produite reste gênante.

L’aide sociale devrait préserver la dignité de celui qui la reçoit. Elle n’est ni une faveur personnelle ni un cadeau du responsable public. Lorsqu’elle est financée par l’argent public, elle relève simplement des missions de l’État.

On ne devrait pas avoir à mettre en scène l’exercice normal d’une responsabilité publique.

Les visages ont rajeuni, mais pas les méthodes

C’est probablement ce qui déçoit le plus.

Une nouvelle génération occupe aujourd’hui des responsabilités importantes. Elle connaît les outils modernes, parle de transformation, d’efficacité, de résultats et de rupture avec les anciennes pratiques.

On était donc en droit d’attendre autre chose que la reproduction du vieux modèle du responsable politique arrivant avec ses cartons, ses dons, ses bénéficiaires et ses photographes.

À quoi bon changer les générations si c’est pour conserver les mêmes réflexes ? À quoi bon proclamer la rupture si l’action publique continue de se mettre en scène comme au bon vieux temps du PDG de papa Omar Bongo ?

Les populations gabonaises ont suffisamment servi de décor aux opérations de communication.

Les visages ont rajeuni. Les méthodes, beaucoup moins.

Michel ONGOUNDOU LOUNDAH

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