Barrières électriques : plus de 2600 requêtes en attente et des résultats encourageants à travers le Gabon

14 mars 20260
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Dans le cadre des 100 jours correspondant à la feuille de route mise en place par le Chef de l’État, le ministre des Eaux et Forêts, de l’Environnement et du Climat, chargé du Conflit Homme-Faune, Maurice Ntossui Allogo, a récemment peut-être effectué une tournée provinciale à travers le pays. Cette mission a concerné les provinces de l’Ogooué-Ivindo, l’Ogooué-Lolo et le Haut-Ogooué, avec pour points saillants l’atténuation du conflit homme-éléphant, la gestion durable des forêts et la gestion durable de la faune.

C’est aux côtés de l’ensemble de ses partenaires engagés dans la conservation, la préservation et la protection de la biodiversité que le ministre Maurice Ntossui Allogo a effectué ce périple d’une semaine. Il s’agit notamment de Space for Giants, de la Wildlife Conservation Society (WCS) et de l’Initiative pour les Forêts d’Afrique Centrale (CAFI). Pour la première étape de cette mission, dans la province de l’Ogooué Ivindo, département de la Mvoung, au village Koumameyong, le ministre s’est rendu sur trois sites importants.

Dans un premier temps, il a visité le bâtiment construit pour abriter la brigade d’atténuation du conflit homme-faune. Cette structure vise à renforcer la surveillance et la protection des ressources fauniques contre le braconnage et le trafic, mais aussi la protection de la flore dans la province de l’Ogooué-Ivindo.

Il s’est ensuite rendu auprès de la coopérative « Le Chant des Champs  », qui exploite huit hectares de cultures essentiellement composées de tubercules et qui bénéficie d’une clôture électrique destinée à protéger les plantations contre les éléphants. La coopérative souhaite désormais obtenir une extension de cette installation.

« Pour la deuxième phase, nous avons simplement demandé l’extension parce que nous ne pouvons pas multiplier les barrières. Nous souhaitons couvrir la plantation de bananes sur laquelle nous travaillons actuellement », a expliqué le coordonnateur de la coopérative, Jules Bedzeme.

Ce dernier affirme faire confiance à leur partenaire de terrain, Space for Giants, pour la mise en place prochaine d’une nouvelle barrière électrique. Dans le même élan, il a remercié le partenaire du ministère des Eaux et Forêts pour son accompagnement dans la lutte contre les incursions des pachydermes. Il sollicite également l’appui de l’État, notamment la mise à disposition de techniciens du ministère de l’Agriculture afin de renforcer les capacités de production des agriculteurs.

Même satisfaction du côté des populations des villages Mbadi 1er et Mbadi 2, dans le canton Nké, qui bénéficient de trois barrières de protection autour des champs de l’association Lema (« Le Cœur »), dont l’un couvre une superficie de sept hectares.

Ces barrières ont profondément amélioré leur quotidien.

« Nous sommes très contents. Grâce à ces barrières, nos cultures sont protégées. Sans elles, les éléphants auraient tout détruit. Nous remercions les personnes qui ont installé ces barrières ainsi que les autorités  », a témoigné la coordinatrice de l’association Jacqueline Mimbouezi.

Elle a néanmoins souligné l’absence de marché structuré permettant d’écouler les récoltes dans de bonnes conditions.

Une préoccupation partagée par le ministre, qui souhaite que les terres protégées puissent générer une véritable valeur ajoutée économique.

« Il ne suffit pas d’avoir des terres. Il faut accompagner les agriculteurs, créer des unités de production, installer des broyeuses pour transformer les produits et ainsi créer de la valeur ajoutée », a-t-il déclaré.

La première étape de cette tournée s’est achevée par la relance des activités de l’entreprise forestière IBMG, située à Booué, dans le département de la Lopé, à travers la Société Nationale des Bois du Gabon (SNBG). Cette unité industrielle, dont la capacité de production est de 120 m³ par jour, se consacre à la première et à la deuxième transformation du bois.

Ensuite, la seconde étape s’est déroulée dans la province de l’Ogooué-Lolo, où le ministre a notamment procédé à l’inauguration d’une centrale solaire mise en place par l’entreprise Bonus Harvest. Plusieurs questions ont été abordées, notamment celles de la valorisation, de la conservation, de la traçabilité et de la durabilité des filières chasse et exploitation forestière.

Concernant la traçabilité de la viande de brousse — essentielle pour garantir la sécurité sanitaire et alimentaire — une véritable transformation est observée dans le département de Mulundu. Les communautés de chasseurs des villages Kessipougou, Doumé, Mbomomagnina, ainsi que Bakoussou et Ndekabilandji, regroupées au sein des associations Mabelipete et Embamani Bay, mettent en place des pratiques modernes de gestion.

Le ministre a pu constater l’existence :

d’une cartographie des zones de chasse,
• de caméras photovoltaïques,
• de comptoirs de vente dédiés,
• et d’un QR code permettant de retracer le parcours de la viande commercialisée
.

Il s’est ensuite rendu dans l’entreprise Precious Woods CEB, spécialisée dans la transformation du bois et certifiée dans ce domaine. Le ministre a suivi avec attention les différentes présentations des responsables de l’entreprise afin de comprendre le processus de traçabilité du bois, depuis la coupe en forêt jusqu’à la transformation en usine et la commercialisation finale.

À cette occasion, il a exhorté les chasseurs et les exploitants forestiers à rester engagés dans une gestion durable de la forêt, rappelant que celle-ci nourrit, protège et soigne les populations tout en constituant un moteur de développement économique durable.

Enfin, pour la dernière étape de sa tournée interprovinciale, le ministre s’est rendu dans la province du Haut-Ogooué.

Il a visité les serres du projet SOQUOIA, situées au village Souba, à quelques kilomètres de Léconi, où il s’est entretenu avec le directeur technique du site en présence du président du conseil départemental.

À Bongoville, il a échangé avec des femmes cultivatrices confrontées aux attaques d’éléphants dans leurs champs et autour de leurs habitations. Celles-ci ont demandé l’organisation de battues administratives pour réduire les dégâts causés par les pachydermes.

Le ministre les a encouragées à se constituer en groupements agricoles, ce qui facilitera l’accompagnement de l’État, notamment en matière de protection des cultures. Les battues administratives devraient être menées par les brigades spécialisées dans l’atténuation du conflit homme-faune.

La tournée s’est achevée au village Kewaga, dans le département de Ndjouori-Agnili.

Un projet aux résultats encourageants

Le directeur général de WCS Gabon, Gaspard Abitsi, s’est déclaré satisfait des résultats obtenus sur le terrain par le partenaire technique Space for Giants.

Selon lui, le projet financé par CAFI repose sur quatre résultats majeurs, dont le premier concerne la construction de clôtures électriques. « Pour ce projet sur deux ans, nous nous étions engagés à construire 1800 clôtures. Au terme de la première année, nous avons déjà dépassé cet objectif », a-t-il indiqué.

Ces installations ont permis de sécuriser les cultures des communautés rurales, ce qui explique la forte augmentation des demandes d’extension.

Le deuxième volet concerne la communication et la sensibilisation des populations, notamment sur :

les comportements à adopter face aux éléphants,
• le rôle écologique de cette espèce dans l’écosystème forestier,
• les procédures d’accès aux clôtures électriques mises gratuitement à disposition des communautés.
Le troisième résultat vise l’augmentation de la productivité agricole dans les zones protégées.

Une vision de développement rural durable

Pour Eric Shehoski, directeur national de Space for Giants, cette tournée était essentielle pour permettre aux partenaires et aux autorités provinciales de constater les résultats du projet et d’échanger directement avec les bénéficiaires.

Les demandes restent nombreuses — plus de 2600 requêtes ont été enregistrées — mais les impacts sont déjà visibles sur le terrain. « La barrière électrique reste aujourd’hui le meilleur outil pour repousser les éléphants et permettre aux cultures de se développer », a-t-il expliqué.

La représentante de CAFI, Zita Kassa Wilks, s’est également déclarée satisfaite de l’avancement du projet, financé à hauteur de 6 milliards de francs CFA.

Elle a toutefois souligné la nécessité d’accélérer la mise en œuvre afin de répondre à la demande croissante des populations.

Un bilan positif pour la mission

Au terme de cette tournée, le ministre Maurice Ntossui Allogo a rappelé que cette mission s’inscrit pleinement dans la feuille de route des 100 jours du Chef de l’État.

Il a notamment évoqué la transformation progressive de la filière chasse, qui pourrait devenir une véritable activité génératrice de revenus grâce à la commercialisation encadrée de la viande de brousse. «  Le but est de permettre aux populations d’accéder à des protéines animales à bas coût et de contribuer à la réduction du coût de la vie »,
a-t-il déclaré.

Le ministre a également insisté sur la nécessité de renforcer les capacités des agents des Eaux et Forêts afin de garantir la traçabilité et la bonne gouvernance dans la filière forêt-bois.

Il a enfin salué l’installation de la centrale solaire inaugurée durant la tournée, soulignant son importance dans la lutte contre le changement climatique et la promotion des énergies renouvelables.

« C’est l’ensemble de ces actions coordonnées qui nous permettent d’être en phase avec les objectifs des 100 jours attendus par le gouvernement »,
a-t-il conclu.

DO/MT

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