CEMAC : « Nous devons changer de paradigme et passer du financement des États au financement de nos économies »

20 août 20260
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"La Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) dispose progressivement des infrastructures et des institutions nécessaires à la construction d’un marché financier régional..." tels sont les propos de Justine Judith Lekogo qui a pris connaissance de la dernière édition de La Lettre de la Bourse, qui consacre une large réflexion au marché financier de la CEMAC.

Madame Justine Judith Lekogo, vous avez pris connaissance de la dernière édition de La Lettre de la Bourse, qui consacre une large réflexion au marché financier de la CEMAC. Quel est votre premier commentaire ?

Justine Judith Lekogo :

Ma première réaction est que cette publication est utile parce qu’elle met sur la table un problème qui dépasse largement la seule question de la Bourse.

À la lecture de cette lettre, je retiens une chose fondamentale : la CEMAC dispose progressivement des infrastructures et des institutions nécessaires à la construction d’un marché financier régional, mais nous n’avons pas encore réussi à transformer suffisamment notre système financier en véritable moteur de transformation économique.

Le document met notamment en avant quatre enjeux : la profondeur du marché, la mobilisation de l’épargne, la gouvernance des acteurs et la protection des investisseurs. Ce sont des sujets essentiels. La Lettre de la Bourse_268 C.pdf

Mais, en tant qu’économiste et ancienne fonctionnaire de la Direction générale de l’Économie, ayant également travaillé comme économiste au Fonds monétaire international, je voudrais aller un peu plus loin.

La question que nous devons nous poser n’est pas seulement :

« Comment développer notre marché financier ? »

La vraie question est :

« Comment faire en sorte que l’argent disponible dans la CEMAC finance davantage la production, l’investissement, les entreprises, les infrastructures productives, les emplois et la transformation de nos économies ?  »

C’est à partir de là que je pense que nous devons changer de paradigme.

1. « Pourquoi parlez-vous de changement de paradigme ? »

Pourquoi parlez-vous de changement de paradigme ? Qu’est-ce qui doit réellement changer dans notre manière de penser le financement du développement ?

Justine Judith Lekogo :

Parce que pendant longtemps, nous avons raisonné essentiellement en termes de mobilisation de ressources pour les États.

L’État a besoin d’argent : il emprunte.

Il a encore besoin d’argent : il émet des obligations.

Il faut financer un déficit : on cherche une nouvelle source de financement.

Bien sûr, l’État doit pouvoir se financer. Mais si notre système financier devient principalement un mécanisme permettant aux États de financer leurs besoins budgétaires, nous risquons de passer à côté de l’essentiel.

Une économie ne se développe pas uniquement parce que son État emprunte. Elle se développe lorsque le capital finance la production.

Il faut donc progressivement passer d’une logique :

Épargne → État → dépense

à une logique :

Épargne → investissement → production → emplois → revenus → recettes → croissance.

C’est cela, pour moi, le changement de paradigme.

2. « Où se situe le problème si nous avons déjà une Bourse régionale ? »

Pourtant, la CEMAC possède aujourd’hui une Bourse régionale, un marché obligataire et plusieurs institutions financières communautaires. Où se situe donc le problème ?

Justine Judith Lekogo :

Le problème est que le marché reste encore insuffisamment profond et que le financement demeure fortement concentré sur les besoins publics.

Le document que nous commentons pose justement cette question de la profondeur du marché et de sa capacité à financer durablement l’économie régionale. La Lettre de la Bourse_268 C.pdf

Mais je voudrais poser une question complémentaire :

Où sont nos entreprises ?

Où sont nos PME ?

Où sont nos entreprises industrielles ?

Où sont nos entreprises agricoles ?

Où sont nos entreprises technologiques ?

Où sont les futurs champions régionaux de la CEMAC ?

Le marché financier doit être capable de financer non seulement les États, mais également ceux qui produisent la richesse.

La COSUMAF rappelle d’ailleurs que les émetteurs privés ont précisément vocation à lever des capitaux pour financer l’économie réelle.

3. « Faut-il rééquilibrer le financement public et privé ? »

Êtes-vous donc favorable à un rééquilibrage entre financement public et financement privé ?

Justine Judith Lekogo :

Absolument.

Mais je ne suis pas en train de dire qu’il faut opposer l’État au secteur privé.

Au contraire.

Je pense que nous devons construire une architecture financière complémentaire.

L’État doit financer les infrastructures publiques, créer le cadre réglementaire et contribuer à réduire certains risques.

Les banques doivent financer une partie du cycle économique.

Le marché financier doit permettre aux entreprises de lever des capitaux à plus long terme.

Les fonds de pension et les assurances doivent pouvoir jouer davantage leur rôle d’investisseurs institutionnels.

Et l’épargne des citoyens doit pouvoir progressivement devenir une épargne d’investissement.

C’est cette complémentarité que nous devons renforcer.

4. « La CEMAC manque-t-elle réellement d’épargne ? »

Vous évoquez beaucoup l’épargne. La CEMAC manque-t-elle réellement d’épargne ?

Justine Judith Lekogo :

Je dirais plutôt que nous avons un problème de transformation de l’épargne en capital productif.

C’est différent.

Nous avons des banques.

Nous avons des assurances.

Nous avons des caisses de retraite.

Nous avons des entreprises.

Nous avons des ménages qui épargnent.

Nous avons également une diaspora importante.

La question est donc :

Comment transformer cette épargne en investissements productifs et de long terme ?

La COSUMAF définit justement les produits financiers comme des instruments permettant de mobiliser l’épargne publique ou institutionnelle pour financer des projets économiques, publics ou privés.

Nous devons donc aller beaucoup plus loin dans cette réflexion.

5. « Concrètement, que faut-il faire ? »

Journaliste :

Concrètement, quelles mesures faudrait-il prendre pour mieux transformer cette épargne en investissement ?

Justine Judith Lekogo :

Je vois plusieurs axes.

Premièrement, développer davantage les fonds d’investissement régionaux.

Deuxièmement, développer le capital-risque et le private equity.

Troisièmement, permettre à l’épargne institutionnelle, dans un cadre prudentiel rigoureux, de participer davantage au financement des infrastructures productives.

Quatrièmement, créer des instruments spécifiquement adaptés aux PME.

Cinquièmement, développer les obligations thématiques : obligations vertes, sociales, infrastructures, etc.

Sixièmement, renforcer les mécanismes de garantie pour réduire le risque perçu par les investisseurs.

Et surtout, développer l’actionnariat populaire.

6. « Qu’entendez-vous par actionnariat populaire ? »

Journaliste :

Le document parle justement d’actionnariat populaire. Que signifie cette notion pour vous ?

Justine Judith Lekogo :

Cela signifie que la Bourse ne doit pas être réservée aux banques, aux grands investisseurs et aux spécialistes de la finance.

Pourquoi une enseignante ne pourrait-elle pas investir 10 000 FCFA dans un fonds régional ?

Pourquoi un petit commerçant ne pourrait-il pas devenir progressivement actionnaire d’une entreprise ?

Pourquoi une jeune entrepreneure ne pourrait-elle pas investir dans une entreprise gabonaise ou camerounaise ?

Nous devons passer d’une culture où le citoyen attend le développement à une culture où le citoyen possède une partie du développement.

La COSUMAF travaille d’ailleurs sur l’éducation financière et la diversification de l’accès au marché. Ses priorités 2026 incluent notamment la promotion de l’éducation financière et l’élargissement de la culture financière régionale.

C’est important.

Mais l’éducation financière doit être accompagnée de produits réellement accessibles.

7. « La faiblesse de la culture boursière est-elle le principal problème ? »

Journaliste :

La lettre insiste beaucoup sur la faiblesse de la culture boursière. Est-ce, selon vous, le principal problème ?

Justine Judith Lekogo :

C’est un problème, mais je ne pense pas que ce soit le problème fondamental.

On parle depuis longtemps d’éducation financière.

On forme les étudiants.

On sensibilise les journalistes.

On organise des séminaires.

C’est nécessaire.

Mais si, après toutes ces années, le marché reste encore peu profond, il faut également nous interroger sur l’attractivité réelle du marché.

Il ne suffit pas d’apprendre aux citoyens à investir.

Il faut aussi leur donner envie d’investir et surtout leur donner confiance pour le faire.

La confiance est fondamentale.

8. « Vous placez donc la confiance au centre du problème ? »

Journaliste :

Vous placez donc la confiance au centre du développement du marché financier ?

Justine Judith Lekogo :

Absolument.

La confiance est le véritable capital du marché financier.

Un investisseur veut savoir :

* qui contrôle l’entreprise ;
* quelle est sa situation financière ;
* quels sont les risques ;
* qui protège ses intérêts ;
* que se passe-t-il en cas de conflit ;
* quels recours sont disponibles.

Le document insiste justement sur la qualité de l’information financière, la protection des actionnaires minoritaires, la prévention des abus de marché et les mécanismes de règlement des différends. La Lettre de la Bourse_268 C.pdf

Donc nous devons comprendre quelque chose :

La bonne gouvernance n’est pas seulement une exigence administrative ou morale. Elle a un prix économique.

Une mauvaise gouvernance augmente le risque.

Un risque plus élevé augmente le coût du capital.

Et un coût du capital élevé pénalise l’investissement.

9. « Vous faites donc le lien entre gouvernance et coût du financement ? »

Journaliste :

Vous faites donc directement le lien entre gouvernance et coût du financement ?

Justine Judith Lekogo :

Tout à fait.

C’est même une question fondamentale.

Lorsque l’investisseur ne fait pas confiance à l’environnement économique ou institutionnel, il exige une rémunération plus importante pour prendre le risque.

Donc :

moins de confiance = coût du capital plus élevé.

Et inversement :

plus de transparence + meilleure gouvernance + meilleure protection = environnement plus favorable à l’investissement.

C’est pourquoi la réforme du marché financier doit être accompagnée d’une réflexion profonde sur la gouvernance économique.

10. « Parlons maintenant de la dette »

Journaliste :

Parlons maintenant de la dette. Est-ce que les États de la CEMAC sont trop endettés ?

Justine Judith Lekogo :

Je pense que nous devons sortir d’une lecture trop simpliste de la dette.

On regarde souvent uniquement :

Dette / PIB.

Mais ce n’est pas suffisant.

En tant qu’économiste, je veux savoir :

À quel taux avons-nous emprunté ?

Pour combien de temps ?

Pour financer quel projet ?

Quel rendement économique ce projet produit-il ?

Est-ce que le projet génère suffisamment de revenus ou d’économies pour supporter la dette ?

Le cas du Cameroun présenté dans la lettre est intéressant parce qu’il montre qu’un ratio de dette peut rester sous contrôle alors même que les conditions de financement se détériorent : davantage de financements aux conditions de marché, un service de la dette plus élevé et des maturités qui se raccourcissent. La Lettre de la Bourse_268 C.pdf

Cela montre qu’un pays peut être sous un seuil d’endettement et néanmoins voir sa marge budgétaire se réduire fortement.

11. « Le véritable sujet n’est donc pas seulement le niveau de dette ? »

Journaliste :

Donc, pour vous, le véritable sujet n’est pas simplement le niveau de la dette ?

Justine Judith Lekogo :

Exactement.

Le véritable sujet est la qualité et la soutenabilité du financement.

Je préfère qu’un État emprunte 100 milliards pour financer une infrastructure qui augmente durablement la production, crée des emplois, génère des recettes et réduit les importations, plutôt qu’un État qui emprunte 100 milliards pour financer essentiellement des dépenses qui ne produisent pas de capacité économique future.

Nous devons donc commencer à parler davantage de :

la qualité de la dette.

Pas seulement de sa quantité.

12. « La CEMAC manque-t-elle de financement ? »

Journaliste :

Certains disent que la CEMAC manque surtout de financement. Êtes-vous d’accord ?

Justine Judith Lekogo :

Je dirais que nous avons surtout un problème de financement adapté.

Une PME ne peut pas financer son développement avec les mêmes instruments qu’un État.

Une infrastructure sur vingt ans ne doit pas être financée comme un besoin de trésorerie sur deux ans.

Une start-up ne peut pas être financée uniquement avec un crédit bancaire classique.

L’agriculture a besoin de financements adaptés à son cycle.

L’industrie a besoin de capital patient.

C’est pourquoi nous devons diversifier les instruments.

Le document lui-même évoque la diversification des instruments financiers, les OPCVM, le capital-risque et la mobilisation de l’épargne longue. La Lettre de la Bourse_268 C.pdf

13. « SYSTAC 2 peut-il changer la donne ? »

Journaliste :

Un autre élément récent est la mise en service de SYSTAC 2. Est-ce une avancée importante pour l’intégration financière de la CEMAC ?

Justine Judith Lekogo :

Oui, c’est une avancée importante.

SYSTAC 2 représente une modernisation majeure de l’infrastructure régionale des paiements.

Mais je pense qu’il faut être très exigeant sur la mesure de son impact.

Le document indique qu’au cours de ses cinq premiers jours d’exploitation, SYSTAC 2 a traité 123 623 transactions pour un montant cumulé de 270 436,5 milliards de FCFA, avec une participation de 100 % dès la première semaine. La Lettre de la Bourse_268 C.pdf

Ce sont des chiffres importants.

Mais le véritable test commence maintenant.

Il faut savoir :

Est-ce que les coûts baissent ?

Est-ce que les paiements deviennent plus rapides ?

Est-ce que les transactions entre les pays deviennent plus faciles ?

Est-ce que les entreprises vont réellement en bénéficier ?

Le document insiste justement sur la nécessité de mesurer la performance de SYSTAC 2 à travers le coût, la rapidité et la qualité des paiements transfrontaliers. La Lettre de la Bourse_268 C.pdf

14. « Vous souhaitez donc une intégration financière beaucoup plus concrète ? »

Journaliste :

Vous souhaitez donc une intégration financière beaucoup plus concrète entre les États de la CEMAC ?


Justine Judith Lekogo :

Exactement.

Nous devons passer progressivement de :

« Nous avons une monnaie commune »

à :

« Nous avons un véritable marché économique commun.  »

Imaginez une entreprise gabonaise qui peut facilement payer un fournisseur camerounais.

Une entreprise camerounaise qui peut investir au Gabon.

Un investisseur gabonais qui peut acheter des titres congolais.

Une PME tchadienne qui peut accéder à des capitaux régionaux.

Une entrepreneure centrafricaine qui peut trouver un financement régional.

Voilà ce que doit être l’intégration.

Les infrastructures de paiement sont une condition importante de cette intégration, mais elles ne suffisent pas à elles seules : il faut également de l’interopérabilité, de la convergence réglementaire et une véritable utilisation transfrontalière par les acteurs économiques. La Lettre de la Bourse_268 C.pdf

15. « Quel rôle pour le Gabon ? »

Journaliste :

Et le Gabon, dans cette nouvelle architecture financière régionale, quel rôle peut-il jouer ?

Justine Judith Lekogo :

Le Gabon peut jouer un rôle important.

Nous devons d’abord utiliser nos propres instruments financiers pour financer notre transformation économique.

Mais nous devons également considérer le marché CEMAC comme notre marché naturel d’expansion.

Le Gabon ne doit pas seulement être un émetteur sur le marché régional.

Nous devons avoir davantage d’entreprises gabonaises capables d’aller chercher des capitaux sur ce marché.

Et cela implique de préparer nos entreprises : gouvernance, comptabilité, transparence, structuration financière, information des investisseurs.

Le marché régional doit devenir une opportunité pour nos entreprises gabonaises de changer d’échelle.

16. « Et les femmes et les jeunes dans tout cela ? »

Journaliste :

Vous parlez beaucoup des entreprises. Que faites-vous des femmes et des jeunes ?

Justine Judith Lekogo :

Je pense que c’est précisément là que nous devons changer notre conception de l’inclusion financière.

Nous parlons beaucoup d’inclusion financière.

Mais je voudrais que nous parlions davantage d’inclusion patrimoniale.

Une femme ne doit pas seulement avoir accès à un petit crédit.

Elle doit pouvoir :

* créer une entreprise ;
* accumuler du capital ;
* devenir actionnaire ;
* investir ;
* accéder au financement long ;
* transmettre son patrimoine.

C’est beaucoup plus puissant.

En tant que femme et en tant que responsable politique, je considère que l’autonomisation économique des femmes doit progressivement passer du simple accès au crédit à l’accès à la propriété du capital.

17. « Quelle grande réforme faudrait-il porter au niveau communautaire ? »

Journaliste :

Si vous deviez proposer une réforme majeure au niveau de la CEMAC, laquelle serait-elle ?

Justine Judith Lekogo :

Je proposerais ce que j’appellerais un :

Pacte CEMAC pour le capital productif.

Il pourrait reposer sur plusieurs piliers.

Premier pilier : mobiliser davantage l’épargne longue.

Deuxième : développer le financement des PME et des entreprises privées.

Troisième : créer davantage de capital-risque et de fonds d’investissement régionaux.

Quatrième : renforcer l’actionnariat populaire.

Cinquième : améliorer la gouvernance et la protection des investisseurs.

Sixième : accélérer l’intégration des infrastructures financières et des paiements.

Septième : orienter davantage les capitaux vers les secteurs productifs.

Et surtout, nous devons avoir des indicateurs permettant de mesurer les résultats.

18. « Quels indicateurs faudrait-il retenir ? »

Journaliste :

Quels indicateurs permettraient de savoir si cette réforme fonctionne ?

Justine Judith Lekogo :

C’est extrêmement important.

Je voudrais que nous arrêtions de mesurer uniquement :

« Combien avons-nous levé ? »

Je voudrais que nous mesurions également :

* combien d’entreprises ont été financées ;
* combien d’emplois ont été créés ;
* combien d’entreprises sont entrées en Bourse ;
* quelle part de l’épargne institutionnelle finance le secteur productif ;
* quelle part des financements va aux PME ;
* combien d’investissements sont transfrontaliers ;
* combien coûte un paiement entre deux pays de la CEMAC ;
* quelle est la durée moyenne des financements ;
* combien de valeur ajoutée est créée ;
* combien d’importations sont remplacées par de la production régionale.

C’est cela qui permettra de savoir si notre système financier sert réellement l’économie.

19. « Quel message adressez-vous aux dirigeants de la CEMAC ? »

Journaliste :

Pour conclure, quel message souhaitez-vous adresser aux dirigeants de la CEMAC ?

Justine Judith Lekogo :

Je leur dirais que nous sommes à un moment où nous devons avoir le courage de changer de logiciel.

La CEMAC a déjà beaucoup construit.

Nous avons une monnaie commune.

Nous avons la BEAC.

Nous avons la COBAC.

Nous avons la COSUMAF.

Nous avons la BVMAC.

Nous avons des banques régionales.

Nous modernisons nos infrastructures de paiement.

Nous avons une épargne importante.

Mais maintenant, il faut transformer cette architecture en machine de production de richesse.

Je ne veux pas d’une CEMAC qui se contente de mieux financer ses déficits.

Je veux une CEMAC qui finance :

ses entreprises,
son industrie,
son agriculture,
ses infrastructures,
ses jeunes,
ses femmes,
son innovation et sa transformation.

Et je pense que nous devons surtout passer d’une logique de mobilisation de ressources à une logique d’allocation efficace du capital.

20. La question finale qui peut devenir votre « signature »

Journaliste :

Madame Justine Judith Lekogo, si vous deviez résumer en une seule phrase votre diagnostic sur le problème financier de la CEMAC, que diriez-vous ?

Justine Judith Lekogo :

« Je dirais que la CEMAC ne souffre pas seulement d’un manque de ressources ; elle souffre surtout d’un déficit de transformation de l’épargne en capital productif. Nous devons donc passer d’une culture de la mobilisation des ressources à une culture de l’allocation efficace du capital. »

Et j’ajouterais :

« Nous ne devons plus seulement chercher à financer la CEMAC ; nous devons désormais chercher à capitaliser la CEMAC. »

Parce que finalement, le véritable enjeu n’est pas de savoir combien d’argent nous pouvons mobiliser, mais quelle économie nous sommes capables de construire avec cet argent.

Propos recueillis par MTM/LJJ

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