Il faudra plus que des mots pour combattre les églises de Réveil non agréés

20 octobre 20260
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Durant les derniers jours, le ministre de l’Intérieur, de la Sécurité et de la Décentralisation Edgard Moukoumbi A multiplié les déclarations sur sa volonté de réglementer les églises de Réveil. On ne peut que s’en féliciter tout en rappelant, sans perfidie aucune, qu’il n’est pas le premier à prendre de tels engagements et qu’il ne sera certainement pas le dernier.

Le ministre sait donc que les Gabonais en ont vu de toutes les couleurs en matière de promesses dans ce domaine, mais que le temps a mis à nu le grand écart entre les paroles et les actes. Il est donc dans son intérêt de démontrer qu’il a une approche différente au nom de la Ve République. Il y a en particulier trois axes sur lesquels il peut faire la différence, s’il en a vraiment envie.

Le premier point est la fin de l’impunité, en d’autres termes l’abandon de la protection des copains qui ont fait des temples. Combien d’églises installées dans des garages, sans aucune autorisation de culte, ont été fermées puis rouvertes le lendemain sous un autre nom grâce à l’intervention d’un "grand frère" bien placé ? On connaît des dossiers de pasteurs poursuivis pour escroquerie, abus de confiance ou attentat à la pudeur, qui continuent pourtant de prêcher chaque dimanche devant des centaines de fidèles. La question se pose : la future réglementation s’appliquera-t-elle à tous, ou seulement aux petites chapelles sans parrain ? On se demande également qui protège, et pour quelle raison, ces "prophètes" qui promettent la guérison contre espèces sonnantes et trébuchantes et qui, malgré les plaintes des familles, n’ont jamais été inquiétés.

Le deuxième point est la mise en place de réels critères objectifs. Si un régime est réellement désireux d’assainir le secteur, il doit publier des règles claires qui s’appliquent à tous : qu’est-ce qu’un lieu de culte conforme ? Quelle formation minimale pour un pasteur ? Quelles normes de sécurité et de décibels pour ne pas transformer la prière du voisin en calvaire sonore ? L’actuelle opacité sur les autorisations délivrées signifie beaucoup de choses en termes de clientélisme.

Fait unique suffisamment remarquable pour être mentionné : la fermeture, il y a quelques années, d’une église très influente à Libreville malgré ses soutiens. C’est à l’honneur des éléments de l’administration qui ont traité le dossier, et à l’honneur du ministre de l’époque de ne pas avoir cherché à protéger ses proches par tous les moyens.

Notons que ce n’est pas la multiplication de descentes musclées et de fermetures spectaculaires qui devrait être la solution, mais plutôt l’assainissement de l’existant par une compréhension plus saine de la liberté de culte et par un système crédible de contrôle. L’administration devrait être un refuge : à quelle structure pourrait s’adresser en toute confiance un fidèle qui estime que ses droits sont bafoués, voire son épargne spoliée, au milieu de pasteurs qui n’ont pour réel objectif que de le presser comme un citron jusqu’au dernier centime ?

Le troisième point est un profond assainissement du modèle économique de ces églises. La dîme, les offrandes spéciales, les "frais de délivrance" et les ventes d’huile bénite demeurent un sujet tabou, alors que l’argent coule à flot et que les sources d’enrichissement ne sont quasiment jamais contrôlées. Sur le papier, quelques textes existent, mais aucun bilan financier n’est jamais exigé. Rien d’étonnant dans de telles conditions que la détresse spirituelle et la misère sociale ne suscitent plus guère que des business.

Il y a donc beaucoup de déclarations contre les églises anarchiques. On laissera aux thuriféraires et aux comptes à la solde du pouvoir le soin d’applaudir les déclarations d’intention. Pour notre part, nous préférons ne pas écarter de nos mémoires l’exemple de tous les ministres pour lesquels le temps écoulé a toujours permis de mesurer le grand écart entre actes et paroles.

L’on veut bien donner au ministre le bénéfice du doute. Mais le système est ce qu’il est, marqué par les alliances nécessaires avec des leaders religieux qui pèsent des milliers de voix, la nécessité de composer avec des prophètes pas nécessairement recommandables mais qu’il faut éviter d’avoir contre soi, et le chant des sirènes qui invite à se souvenir qu’un poste ministériel est un siège éjectable.

Les acteurs politiques qui veulent perdurer au pouvoir doivent donc s’adapter. On attend avec curiosité de voir comment le ministère va alors allier les actes aux belles paroles en matière de lutte contre le fléau des lieux de culte non agréés. Et comment le contrôle citoyen pourra effectivement s’appliquer.

Pierre Parfait MBADINGA/
Journaliste/Chroniqueur politique

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