Rhodes, Gaboma Lover
Poetic Lover est le nom d’un groupe de chanteurs de R&B français. Dré, Jay, Rhodes et Rudy sont quatre amis entrés dans le monde de la musique à travers une émission de télé française du nom de Graines de Star à la fin des années 90, dont l’objectif était de mettre en avant des talents inconnus. Ils ont remporté une édition du télé-crochet et ont connu un succès phénoménal avec l’album Amants Poétiques (1997), dans un genre qui trouva ses dignes représentants dans les pays francophones, avant de se séparer à la suite de leur second album Conquête, sorti au début du siècle.
Parmi les quatre membres du groupe, il y en a un qui retiendra l’attention de notre communauté, du fait de son origine gabonaise. Il s’agit de Rhodes, qui foulera le sol de son pays de naissance avec son groupe pour deux concerts emblématiques. Alors, quand le quatuor a décidé de reprendre sa formation il y a quelques années, Gabonews a saisi l’occasion en 2025, au pic de la promotion de leur retour médiatique et de leur tournée, pour contacter notre compatriote. Bien que le contact ait été simple et établi, il a quand même fallu reporter à quelques reprises notre rencontre. Pas assez pour baisser les bras. C’est donc tout naturellement un an après, avec la même motivation de départ, que chaque partie a échangé sur le parcours du plus discret des quatre chanteurs du groupe, renommé Poetic entre-temps.
Itinéraire vers le sommet
Quel est votre parcours personnel et musical ?
Je suis né au Gabon, à Libreville, et j’arrive en France à l’âge de 14 ans. Le groupe est né dans les années 90, à Noisy-le-Grand. Mon parcours musical, c’est avec Poetic Lover que je l’ai fait jusqu’à aujourd’hui. Bientôt trente ans de carrière qui a débuté dans l’émission Graines de Star, l’ancêtre du télé-crochet.
Ensuite, le groupe sort son premier titre, « Prenons notre temps », issu de l’album Amants Poétiques, qui rencontre un succès et nous propulse dans le Top 50 pendant longtemps. Single après single, au total : « Qu’il en soit ainsi », « Fier d’avoir ton love » et, pour finir, « Personne ne saurait » avec Carole Fredericks.
Vous avez connu le succès tôt, avant même de passer le Bac. Quel regard portez-vous sur cette période aussi bien du point de vue artistique que financier ?
Oui, effectivement, on a eu du succès tôt aux yeux des gens, mais avant tout ça, on s’est perfectionnés dans le chant entre nous pour que le groupe soit au top. On apprenait nos harmonies et on allait les présenter au public à travers Paris pour voir le rendu final pendant une longue période. C’est en regardant Nâdiya [précédente gagnante] dans l’émission Graines de Star qu’on s’est dit que, nous aussi, on pouvait le faire !
À partir de là, tout s’est enchaîné : le passage dans l’émission, l’accueil du public, la signature avec M6 Interactions et la sortie du single « Prenons notre temps ».
Sans oublier l’explosion en France, aux Antilles et en Afrique !
Du coup, on a un peu commencé à vivre de notre art ; nous étions aussi jeunes et sans expérience de la vie d’artiste, des codes, et j’en passe.
Le regard que j’ai, et je dirais même que nous avons aujourd’hui, est que nous avons eu une bonne étoile, que nous sommes bénis de Dieu et, même encore aujourd’hui, presque 30 ans après, de toujours vivre de ce métier merveilleux ! Le regard que je porte sur ça, c’est une bénédiction, artistique et financière !
Rapports extérieurs et fraternels
Quels étaient vos rapports avec les autres artistes R&B ?
Les rapports avec les groupes de l’époque ou même d’aujourd’hui sont juste cordiaux, ni plus ni moins ; on se croise, salut, au revoir ! On se suffit à nous-mêmes, on est quatre dans le groupe, quatre frères qui ont toujours des choses à se dire, même des années après !
Vous êtes présenté comme le plus sage et l’aîné du groupe. Comment opérez-vous avec vos frères pour que ça ne parte pas dans tous les sens ?
Oui, je suis présenté dans ce sens-là. Déjà, je suis le plus âgé de la bande et celui qui a un plus grand vécu que les autres. Ce qui est aussi bien dans le groupe, c’est que nous avons à peu près la même éducation : deux Antillais, un Camerounais et moi, le Gabonais. Il y a ce respect, d’une part, de l’aîné, et on a une bonne communication du fait qu’on se fréquente depuis belle lurette !
On a tous les quatre le même objectif et je pense que ça suffit à s’écouter et à voir dans la même direction.
Ce qui fait que nous évitons de nous disperser et d’aller dans tous les sens !
Gabao
Vous étiez arrivés jusqu’au Gabon pour votre première tournée. Quels souvenirs en gardez-vous et quelle est votre relation avec le pays jusqu’à présent ? Aviez-vous conscience, à l’époque, de la fierté que vous pouviez susciter au sein de la diaspora ?
Deux concerts au Gabon : l’un à la Cité du 12 Mars et le stade Omar Bongo, où nous avions été accueillis majestueusement comme des rockstars. C’est une anecdote que nous ne manquons jamais de rappeler à chaque interview : l’arrivée au stade dans un 4x4 entouré d’une équipe de militaires, à la Michael Jackson. Le plaisir ultime à la Cité de la Démocratie, c’est quand le chauffeur de salle présente ma mère à l’assemblée en demandant des applaudissements pour elle, en tant que mère d’un membre du groupe ! C’était un bon moment que je garde jalousement au fond de moi pour la vie !
Quant au fait de savoir que j’ai été ou que je suis une fierté de la nation, je n’ai pas de sentiment particulier, car je suis une personne simple et, en faisant ce métier, je ne recherche rien derrière tout ça.
J’aime chanter, et ce qui en découle après, je ne le sais pas et ne le cherche pas non plus.
Ceci dit, quand je me rends à l’ambassade et que certains me reconnaissent, ça fait plaisir d’apprendre que tu as rendu fiers des Gabonais, mais pour finir, je n’ai pas trop de retours à ce sujet. Quand je suis en contact avec ma famille, ils me glissent deux ou trois infos sur ça, me disant que certains sont toujours dans ce mood. Je dirais aussi que tout le monde n’est pas au courant qu’il y a un Gabonais dans le groupe.
Une nouvelle date prévue pour le Gabon ?
Pas pour l’instant, sait-on jamais.
Premier album, duo marquant et impact
Très peu de collaborations à l’époque, hormis Carole Fredericks. Quel souvenir gardez-vous d’elle ?
Le souvenir que je garde de cette collaboration est celui d’une belle expérience. Une femme et une personne agréable, soucieuse, avec une grande empathie. Il faut savoir que c’est elle qui a voulu faire ce duo avec nous et a demandé à son équipe une chanson avec nous pour son album solo. Un amour de personne, cette grande dame. Paix à son âme.
Est-ce qu’il y a eu un retentissement des versions anglaises des singles du premier album dans les pays anglophones ?
Non, pas du tout, et ce n’était pas le but recherché ; juste un kiff dans un premier temps, et ensuite pour relancer l’album avec le single avec Fredericks. La maison de disques a dit qu’elle va rajouter les versions anglaises de Prenons notre temps et Qu’il en soit ainsi, histoire de remplir l’espace.
Près de 30 ans après, vous devez avoir des anecdotes sur la réception des fans sur vos chansons. Est-ce qu’il y en a que vous gardez en tête jusqu’à présent ?
L’anecdote qui revient assez souvent, c’est que nous avons fait des choses en écoutant vos chansons, j’ai conçu ma fille ou mon garçon sur vos titres, et même certaines mères viennent aujourd’hui à nos concerts avec le fameux enfant.
À suivre…
Pourquoi l’aventure Poetic Lover prend fin après le second album ?
Le groupe prend fin après la sortie du second single de l’album Conquête. Parce que trop les uns sur les autres, une fatigue émotionnelle. On voulait explorer nos horizons respectifs. Dré le rap, Jay la comédie musicale, Rudy la production et moi la mode.
Vous avez amorcé un retour depuis 2020, ce qui coïncide à l’après-confinement, avec le concert au Grand Rex (20 ans après celui de La Cigale), la mise en ligne du premier album uniquement, mais pas le second (Conquête en 2000). Une chaîne YouTube officielle avec vos clips en bonne qualité. Est-ce que cela a été dur ce travail de tout récupérer ? Qu’en est-il du second ?
Oui, ça a été dur de tout récupérer. Parce qu’il fallait convaincre la maison de disques de le faire, il y avait une forte demande du public et au final, ils l’ont fait. Le second ne devrait plus tarder. Nous avons repris en 2014 en parcourant villes et pays, mais sous les radars et après ça été le Covid-19.
Quels sont les retours du concert parisien du 20 avril 2025 suivis de la tournée ?
Les retours sont très positifs de la part du public comme toujours, c’est la bande originale de leur adolescence à tous, on n’a eu que de bons retours. À ce sujet, les salles étaient toujours remplies, le public chantait les chansons avec nous. Des retours du genre vous nous avez manqués à quand la prochaine date de concert et aussi le prochain album. Ça a été une très belle année (2025) pour nous ! Et on récidive en 2026…
Où en est le troisième album ?
Le troisième album est en préparation. Nous sommes assez difficiles dans les choix et perfectionnistes d’où le temps que nous prenons pour le faire, mais il y a déjà un titre qui tourne sur les réseaux (Il faut vivre).
Vous avez fait pas mal d’apparitions médiatiques (Les Flammes, plateaux télé-radio). Par exemple, comment vous retrouvez-vous dans la série bref.2 ?
Oui, nous avons eu beaucoup de sollicitation en 2025, qui a été une belle année pour le groupe en termes de communication et de concerts. Pour la série, c’est le producteur qui est aussi acteur qui nous a contactés simplement et on a répondu présent.
Le mot de la fin ?
L’aventure continue…
DPG








